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Dossier de Presse

« L’avouerai-je ? J’attendais André Beaurepaire. Il était fatal qu’il vînt, mais je ne savais pas au juste qu’il serait exact au rendez-vous, ce qu’il apporterait, par où il entrerait et quelle serait la figure de son entreprise. Après Salvador Dali, dont Beaurepaire est l’antipode, un grand dessinateur, presque maniaque, nous étonne par l’emploi le plus naïf du merveilleux. Je veux dire que son extraordinaire métier manuel ne se met pas au service d’un système. Il ouvre avec faste un véritable théâtre des catastrophes où règne l’enfance, adroite à construire du rêve et à casser tout. »

Jean Cocteau, Académie Française - Revue Graphis , Paris 1946.

« …Remarquables par leur mise au point ; on a l’impression que toute chose est ici à sa place, à sa valeur, à sa lumière exacte. Le peintre cherche la perfection, visiblement l’équilibre de la géométrie et de son émotion, de la forme et de son halo poétique. »

Arts, Mai - Exposition Galerie Bernheim, Paris 1952.

« La patience, ennemie de l’inachevé, est la plus passionnée des vertus et l’on sait qu’elle dévore les pousses du temps, afin que jamais il ne s’impose à l’esprit. Elle n’en tient compte que pour le détruire et elle y parvient.
Je pensais à cela, l’autre jour, en regardant les toiles et les dessins d’André Beaurepaire. Il exprime par son talent tout ce qui tracasse sa nature. Ses rêves, ses projets et sa gourmandise, ses pas à pas, ses tête-à-tête, ses mots à mots, et son incessant tourment d’artiste étaient là, devant moi.
J’aime les tableaux d’André Beaurepaire. Œuvres d’un savant enfant philosophe, ils ont de l’audace, de la poésie et du bien fait. Ce sont des affirmations très précises, très solides et pourtant on dirait que Beaurepaire tout en affirmant s’interroge. S’interroge-t-il ? Je le crois et je sais que plus il s’aventure, mieux il nous arrête et nous retient. »

Louise de Vilmorin - Exposition Galerie La Cour d’Ingres, Paris 1955.

« J’ai une très grande admiration pour votre talent. On travaille toujours pour un seul ami dans la salle. Vous êtes un de ces seuls. Pourquoi nous ne faisons pas un Mozart ensemble. Pas un film, au théâtre… Don Juan ? Demandez la Scala ! Je viendrais tout de suite. Quand j’étais jeune, j’ai fait de la mise en scène de théâtre, à Vienne. J’ai toujours rêvé des décors comme vous les faites. Personne ne savait les réaliser. Aujourd’hui vous les avez exécutés. Bravo ! »

Max Ophüls, lettre à André Beaurepaire – 4 mars 1956.

« Beaurepaire, par le miracle de son imagination, a su, dans une série de pastels, évoquer la ville au crépuscule ici incandescent, là, au contraire, projetant des masses noires sur un ciel perpétuellement brouillé de lumières scintillantes, aiguilles brûlées de cette lumière qui fait du charbon du diamant. »

Philippe Jullian - Mars - Revue la Parisienne, 1957.

« André Beaurepaire tombe dans une période où, fort malin serait celui qui contredirait une forme. Car il n’existe pas de formes. Chacun se débrouille à sa guise et jamais les artistes n’eurent moins à craindre quelque dictature de l’esprit. C’est donc sans le moindre effet de contraste et par leur seul prestige que les imaginations d’André Beaurepaire nous séduisent. Son classicisme n’est pas classique. Son modernisme n’est pas moderne. Son goût des drames qui nous menacent, se manifeste dans un monde qui n’est pas le nôtre… Je travaille au théâtre avec André Beaurepaire et j’admire en lui le mariage inévitable et si rare hélas, de la poésie et de la précision. »

Jean Cocteau, Académie Française - Exposition Galerie Wildenstein, New York 1961.

« Devant la peinture, un homme d’aujourd’hui a besoin à la fois de sécurité et de risque, d’être rassuré sans cesser de se sentir « ailleurs » en danger. André Beaurepaire rassure par l’art rigoureux de son dessin, une technique minutieuse, un soin d’artisan. La sécurité qu’il nous offre, c’est le savoir-faire. Ce n’est pas mince en un temps où le bluff prend commodément visage de liberté.
Beaurepaire inquiète par les chemins qu’emprunte son imagination. Du trait le plus rigoureux c’est l’indécis qu’il traque, l’informulé. Son art de patience et de sérieux est mis au service du songe, parfois du cauchemar. Le danger est dans ce qu’il nous montre : l’envers d’un monde… C’est une qualité intérieure des choses, une douce promesse irrémédiable de la mort. »

François Nourissier, Académie Goncourt - Gazette de Lausanne, 26 juin - Exposition Galerie Iolas, Genève 1965.

« André Beaurepaire rêve-t-il en peignant ou peint-il en rêvant ? Il n’a pourtant pas l’air d’un rêveur. Il cache une certaine anxiété derrière son sourire et sa bonhomie. Il est un peu comme ses tableaux, qui sont à la fois paisibles et tourmentés. »

Valérie - Tribune de Genève, 16 juin - Exposition Galerie Iolas, Genève 1965.

« Les portes du Merveilleux s’ouvrent toutes seules devant le regard d’André Beaurepaire. C’est l’évidence même... non seulement à cause de la singularité de sa vision, mais par le pouvoir de révélation qui s’attache à chacune de ses œuvres. L’an dernier, les pastels et dessins que présentait Janine Caracalla marquaient une humanisation du talent de Beaurepaire, un élan vers ce que Degas nommait ‘’la vérité ensorcelée’’, qui n’est qu’une forme de ce que les Anglais ont appelé, à propos de Turner, le ‘’sublime naturel’’.

Ainsi, d’instinct, Beaurepaire s’était écarté d’une expression qui eût pu tourner à la machination, au système. Avec le pastel, d’ailleurs – ‘’ce Soleil en poudre’’ - le truquage ne paie pas. On verra ici comment sa lucide maîtrise se joue des différents états de la lumière, et du mystère qui s’en suit, dans ses villes, ses paysages, ses cathédrales. Miracle de l’œil et de la technique ! Ce peintre d’architectures s’est mis à écouter sa musique intérieure, une certaine musique, qui personnalise aussi bien l’œuvre de Watteau que celle de Nerval... Il lui suffit d’un train de nuages au-dessus d’un espace uniformément bleu, de deux peupliers en dialogue avec le vent pour isoler un spectacle de nature d’autant plus indicible qu’il n’est jamais naturaliste.

Là est l’aspect troublant d’un artiste de tempérament visionnaire, d’où en général, son insouci des lieux et que son authenticité préserve de s’aligner sur aucune chapelle esthétique. C’est justement dans la mesure de cette inactualité qu’il réveille en nous l’écho éternel, la note juste, hors de toute mode et que le temps ne saurait affaiblir. Beaurepaire est l’aboutissement d’une très rare famille d’esprits, rare en peinture autant qu’ailleurs ! On ne peut pas l’ignorer.

Jean-Marc Campagne, « Ce que voit Beaurepaire » extrait - Exposition Galerie Jean Wanecq, Paris 1969.

« L’architecture visionnaire d’André Beaurepaire est sans fin. Seuls les bords de la toile stoppent sa croissance, sa poussée verticale. En fait, ils ne l’arrêtent pas, ils la coupent : le châssis n’est pas extensible. Libre au rêve de suivre, littéralement à perte de vue… »

Jean-Marie Dunoyer - Le Monde, 19 mai - Exposition Galerie Henriette Gomès, Paris 1977.

« Belle technique aussi chez André Beaurepaire. Ses œuvres qui, au premier regard, passent pour des peintures, sont de grands dessins à l’encre de couleur. Ils représentent de vastes édifices, lancés vers les nuages. La tour de Babel, le Colisée romain, les gratte-ciel unissent leurs structures colossales. La référence archéologique ennoblit le répertoire contemporain et l’insolite de ces monuments composites s’inscrit dans la grande tradition des architectes visionnaires.
Mais regardons de près : les formes vacillent, les murailles entrent en rotation et quelle est cette fumée d’incendie qui s’élève, tandis que la foule, sur les degrés et les balcons, entre en ébullition ? André Beaurepaire capture ses palais dans les rets d’un cataclysme sournois. Il suscite l’étrange sensation d’un monde qui commence à glisser, à se dissoudre. Les maquettes de ses décors pour les drames wagnériens contiennent une charge poétique aussi puissante. »

Pierre Mazars - Le Figaro - Exposition Galerie Henriette Gomès, Paris 1977.

« André Beaurepaire Œuvre secrète. À cinquante ans, Beaurepaire en est à sa deuxième exposition. Un travail patiemment mûri. Et pour quel résultat ? On ne sait ce que l’on goûte le plus. De la maîtrise du dessin triomphant, de la raideur de la plume, de la mollesse de la craie. Ou encore de la séduction poétique. Une sorte de vertige fantastique surgit de ces escaliers, de ces architectures sans fin. De ces tours aux colonnades néo-classiques soudain saisies de tremblement, au bord de l’effondrement... Une atmosphère hors courant, un climat éminemment romantique. »

Sabine Marchand - Le Point, 16 mai - Exposition Galerie Henriette Gomès, Paris 1977.

« Comment te dire le plaisir que c’était de me retrouver dans ton nid d’aigle, entouré d’anges et de colombes. J’étais surtout heureux que nous ayons pu trouver un moment pour voir tranquillement tes peintures. Ton œuvre me fascine par la richesse et la lumière que ton imagination arrive à faire entrer là-dedans… Ce que je trouve très émouvant, c’est que tu arrives à m’enchanter par une atmosphère calme et là, on aperçoit la fumée et les restes de monuments récemment détruits par un cataclysme. Ce paradoxe présenté avec tant d’habileté est pour moi très émouvant. »

Roland Penrose - Correspondance - 18 octobre 1982.

« André Beaurepaire expose tout l’été dans ce qui fut et reste la Maison d’Esla Triolet et de Louis Aragon à St Arnoult en Yvelines. Pour l’occasion, il a retenu vingt-cinq toiles, qui sont autant d’invitations à entrer dans son Monde… Un monde où les repères spatiaux sont abolis… Pas de sol ferme, de murs clos, pas de dedans et de dehors bien délimités dans l’espace…

Vues à vol d’oiseaux, des gratte-ciels émergent d’une improbable nuit avant l’heure ; Au centre, un brasier incandescent illuminent deux des tours les plus proches. La lumière y est aveuglante, la fournaise est là, omniprésente…

Plus loin, deux tableaux, laissent apparaître une présence humaine en des lieux dont on se demande comment ils peuvent être habités… Dans l’un, un homme de dos, dans ce qui pourrait être l’entrée d’une grotte, semble assis face à une source de lumière éblouissante. Pourquoi est-il là ? Depuis combien de temps ? Mystère… Au-dessus de lui, à l’horizon semble brûler l’enfer de Dante…

Le second tableau, tout aussi sidérant, laisse entrevoir quatre silhouettes. Une femme à demi dénudée tient devant elle, un ample drapé rouge. Derrière elle, quelqu’un se tient un peu en retrait, tandis qu’une blonde Vénus, langoureusement allongée un peu plus haut, semble l’écouter… Tout comme ce jeune homme, nous tournant le dos, spectateur privilégié de cette hallucinante rêverie… située au milieu de nulle part…

Ici, une Figure infernale semble vivre « l’apocalypse »… Là, au contraire, peint en plan serré, une tête d’homme, jeune encore, impavide ; L’air de celui qui ne craint plus rien après avoir trop enduré… Son visage est parcouru de scarifications. Les yeux, mi-clos, emplis de tristesse sans fond, semblent implorer quelque répit ! Qu’a-t-il vécu avant de se présenter devant nous sur cette toile ? Est-il un rescapé de l’« apocalypse » qu’endure le premier ?

Un peu plus loin un « œil unique » sans contour, ni visage, semble comme suspendu. Quiconque s’arrête devant lui est transpercé par cet unique regard… Sur la droite, de profil, une énorme tête de chien semble flairer cette étrange être… Aurait-il décelé une menace ? Peut-être, car ce sentiment de menace imminente n’est-il pas présent dans nombre des tableaux d’André Beaurepaire ? Cocteau, en son temps, ne parlait-il pas déjà de « véritables théâtre des catastrophes ? »

Raphaël Rémiatte - Exposition Maison Elsa Triolet-Aragon, St Arnoult en Yvelines, été 2007.

« L’œil était dans le cadre et regardait… Que regarde cet œil immense qui, dès l’entrée, vous saisit comme un objet, de son titanesque objectif ? Regard hagard de masque, mascaron, décliné en agrandissement de zoom, retenu par la rigueur d’un cadre qui contient de son arête vive, la vivacité aiguë d’une, de deux de ces dévoratrices prunelles d’or, de cuivre, d’acier, d’un bleu saphir venu d’ailleurs.

Regard du peintre qui happe le réel pour le faire, le défaire, le refaire en teintes vives, irréelles, citron sur azur, feu sur brasier et nettes structures de lignes obliques, diagonales acérées, voulant trouer le cadre dans leur fuite… leur expansion visant l’infini à partir du noyau invisible de l’explosion d’un monde à la rigidité architecturale estompée de roux, de rouille, de brun, de brumes, de flammes, d’oriflammes fantômes, de fumées, de fumerolles, de nues, de nuées, de nuages jaunes, jaunâtres, d’évanescentes vapeurs… Géométrie cubiste démentie par tout ce qui contredit la ligne, rogne l’arête, l’équerre : molles nuées cotonneuses, célestes divans profonds à de vagues personnages échappés de la rondeur aérienne d’un plafond baroque, posés dans la langueur indécise de la volupté, dans de moelleux bouillonnements nuageux.

Ailleurs dans l’exposition, de lointaines foules, nues, nourries, serrées, dans la grille et la rouille d’une incertaine pluie, ou dans le gris, grisâtre délavé, pâle… Palette impressionniste, impression d’oppression estompée de brouillard sinon de nuit.

Les tableaux de bateaux, épurés, aux lignes décidées et aux vives couleurs : toujours des lignes diagonales, de fuite, qui font un monde tempétueux par beau temps… Univers instable, mal assis sur la charpente oblique qui aspire encore à un ailleurs infini, au-delà du cadre, par-delà l’horizon.

Ailleurs encore, deux fenêtres ouvertes, rouge, bleue, tout aussi inclinées, semblent projeter violemment un dehors du dedans dans une implosion ou explosion qui brouille les repères d’extérieur et d’intérieur. On croise Dali, on entrecroise des lignes du futurisme, du cubisme, mais, dans tout cet environnement pictural, il y a l’évidente patte et la pâte originale d’une sorte d’expressionnisme baroque original. »

Benito Pelegrín - Revue Marseillaise, 2 octobre - « L’univers en fuite d’André Beaurepaire »
Exposition Studio Musicatreize, Marseille 2008.

« André Beaurepaire présente au public alsacien, certaines de ses toiles réalisées ces vingt dernières années… Une pointe d’accent parisien. Une faconde née sans doute sur les boulevards de la capitale. Du haut de ses 85 ans, bon pied, bon œil, ses peintures reflètent une certaine joie à travers les couleurs utilisées à l’acrylique ou à l’huile, comme par le choix des sujets et l’emprise de la lumière. Enfant du jazz, qui le « met dans tous ses états », il joue avec les formes, improvise les émotions, les sensations, les lignes et les harmonies. Une imagination bouillonnante au service d’un art original, fort et porteur de rêves… »

Patricia North - Dernières Nouvelles d’Alsace, 12 mai - Exposition Cour des Boecklin, Bischheim 2009.

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