1924

André Beaurepaire est né à Paris, le 4 août 1924, au 13, de la rue d’Aguesseau, dans l’immeuble des Papeteries Navarre fondées par son grand-père maternel André Navarre. Il est le fils de René Beaurepaire et de Marie-Josèphe Navarre et aura trois sœurs. Marie-France, l’aînée qui mourra en bas âge, puis Marie-Thérèse et Monique qui deviendra comédienne sous le pseudonyme d’Armande Navarre.

Dès la prime enfance, il se passionne pour le dessin. Érigeant sur ses cahiers d’écolier, des donjons, des obélisques, des façades de palais, de cathédrales, d’architectures imaginaires… Esquissant des têtes, des silhouettes, des carrosses… Construisant des maquettes de paquebots transatlantiques, de villes, de gare maritimes…

1926

La famille emménage avenue Céline à Neuilly sur Seine. Laissant derrière elle, la rue d’Aguesseau située à deux de l’ambassade d’Angleterre où Cocteau l’emmènera vingt plus tard à la rencontre de l’ambassadeur de Duff et Lady Diana Cooper et de Louise de Vilmorin.

1932

Dès l’âge de huit ans, et ce, jusqu’en 1940, il élaborera des séries de dessins qui seront autant de découpages de films inventés autour de personnages tels que Vercingétorix, Charlemagne, Ivanhoé, Jeanne d’Arc, François 1er, Marie Lecsinska…

1934

Nouveau déménagement pour le 6, bis bd Maillot, Paris 16ème. Le jeune Beaurepaire dessine encore et toujours.

1938

Emménage au 35, rue Jacques Dulud à Neuilly sur Seine. Ses parents sentant la guerre se profiler, achètent Frault, un petit château situé Thizay, à 8 km de Chinon en Indre et Loire.

1940

Adolescent durant la guerre, il vivra donc entre Paris et Frault, dans cet ancien relais de chasse du Dauphin, futur Charles VII. Une scolarité chaotique le verra souvent changer d’établissement, mais le dessin sera toujours au centre de sa vie.

1942

Il a 18 ans et sa famille emménage rue Berlioz à Paris 16ème.

1944

Pour les éditions de la Nouvelle-France, Beaurepaire illustre son tout premier livre : « Sagesse » de Paul Verlaine.

1945

Le 1er février, admirateur de Christian Bérard depuis toujours, il finira par aller lui rendre visite, rue Casimir Delavigne, son carton à dessin sous le bras. Séduit, Bérard se propose de montrer son travail à l’encre à Jean Cocteau. Ce jour-là, Beaurepaire rencontrera aussi le poète Olivier Larronde, qui improvisera sur un de ses dessins, le quatrain suivant :

Huit jours plus tard, il reçoit un coup de fil d’un Cocteau enthousiaste, qui lui propose de collaborer à un projet en préparation : « Le Théâtre de la Mode ». Manifestation censée célébrer au Musée des Arts Décoratifs, le renouveau de la « Haute Couture » au sortir de la guerre.

À 20 ans et sans aucune expérience professionnelle, il se retrouve d’emblée, avec quelques-uns des grands noms du théâtre de l’époque : Bérard, Cocteau, Wakhevitch, Malclès… Et de prestigieux couturiers tels que Balenciaga, Nina Ricci, Schiaparelli, Lanvin, Marcel Rochas, Hermès, Jean Patou, Lucien Lelong, Jacques Fath, Molineux, Madame Grès…

L’exposition inaugurée le 28 mars 1945, rencontrera un tel succès public (100 000 visiteurs) qu’elle sera accueillie la même année à Londres, Leeds, Barcelone, Stockholm, Copenhague. Pour honorer les robes du soir dont une robe rouge de Balenciaga, Beaurepaire proposera « la Grotte enchantée », un décor en noir et blanc, réalisé à partir des éléments de sa maquette photographiée et agrandie.

Après le succès de l’exposition, Cocteau souhaitera adapter au cinéma « La Princesse de Clèves », avec Michèle Morgan de retour des Etats-Unis. Il demandera à Beaurepaire d’imaginer les décors du film, mais le projet sera ajourné…

Louis Jouvet lui suggère un travail de recherche sur le Don Juan de Molière que Beaurepaire poursuivra par une série de dessins à l’encre sur le théâtre de Corneille.

1946

Aux éditions France-Empire, The Tempest de William Shakespeare a été tiré, pour la lettre, sous les presses de Jourde et Allard, Maître imprimeur, à Paris, et, pour les 11 gravures sur cuivre en taille-douce d’André Beaurepaire, par A. Monnard, en province. Le tirage a été limité à 145 exemplaires, dont 5 sur papier japon nacré à la forme, accompagné d’un des cuivres rayés, et 140 exemplaires sur papier d’Auvergne à la main et à la forme. En outre 5 exemplaires ont été réservés à ceux qui achevèrent The Tempest, à Paris dans le mois de janvier 1946.

Pour sa première collaboration avec les Ballets des Champs-Élysées, la compagnie de Roland Petit, Boris Kochno, il crée le décor et les costumes de « Concert de Danses », Mozartiana de Tchaïkovsky, chorégraphié par Marcel Berger et dansé par Solange Schwarz et Youri Algarov, au Théâtre des Champs-Élysées. Les costumes sont exécutés par la grande Irène Karinska.

A Bruxelles, au Théâtre Royal des Galeries, Cocteau remontera « Renaud et Armide » que le jeune Beaurepaire avait vu à 18 ans, en avril 1943 à la Comédie Française avec Marie Bell et Maurice Escande dans les décors et costumes de Christian Bérard. Pour cette reprise, Cocteau et Marais lui demanderont d’imaginer le décor et les costumes de la pièce. Décor exécuté par Lavardet et Streiff) et les costumes par la grande couturière Madame Grès.

Introduit à l’Ambassade d’Angleterre par Jean Cocteau, il y rencontre Louise de Vilmorin. Point de départ d’une longue amitié qui le verra séjourner à Verrières-le-Buisson, pendant plusieurs mois à la fin des années 50.

Le « Théâtre de la Mode » traverse cette fois l’Atlantique, il est accueilli au Whitelaw Reid Mansion sur la Madison Avenue de New York puis au Yong Museum de San Francisco. Pour cette nouvelle exposition, Beaurepaire proposera un plus vaste décor en noir et blanc, créé selon le même procédé d’un gigantesque agrandissement photographique de ses dessins.

Un an après avoir rencontré Olivier Larronde chez Christian Bérard, Beaurepaire réalise deux lithographies pour « Les Barricades Mystérieuses ». Premier recueil de poésie de Larronde, alors âgé de 18 ans. Ouvrage tiré à 766 exemplaires aux éditions de l’Arbalète dirigée par Marc Barbezat et diffusé chez Paul Morihien 11 bis rue de Beaujolais, avec le soutien de Jean Genet. Les deux lithographies du livre seront réalisées chez les frères Mourlot. En 1959, Giacometti illustrera le second recueil d’Olivier Larronde « Rien Voilà l’Ordre »

1947

Cocteau s’inspirera du destin tragique de l’impératrice Elisabeth d’Autriche pour écrire « L’Aigle à Deux Têtes » qu’il montera fin 46 au Théâtre Hébertot, dans des décors d’un « néo-gothique » revisité par Beaurepaire, dans l’esprit des châteaux de Louis II de Bavière. Les costumes seront signés Christian Bérard. La pièce remportera un vif succès avec une Edwige Feuillère magnifique, comme reine de Théâtre et un Jean Marais, émouvant dans son rôle d’anarchiste désespéré.

Les dessins préparatoires de « La Princesse de Clèves » imaginés pour le projet de film de Cocteau illustrent le texte de Madame de Lafayette chez Mermod éditeur à Genève.

Exposition collective « Rayonnement du Théâtre Français » en Suède, Norvège et Portugal avec présentation de maquettes de Beaurepaire, Bérard, Coutaud, Dignimond, Suzanne Raymond, Jean Hugo, Jean-Denis Malclès, Roger Chapelain-Midy, Douking, Faure, Labisse (Septembre-octobre)

1948

Un ami, Richard Buckle, fondateur de la revue « Ballet Magazine », lui présente Frederick Ashton, le célèbre chorégraphe anglais, qui a déjà vu et revu « Concert de Danses » à l’Adelphi Theatre de Londres en 1946. Ashton projette alors pour le Royal Opera House de Covent-Garden, une chorégraphie dansée par Margot Fonteyn, « Scène de Ballets » sur une partition d’Igor Stravinsky. A 24 ans, Beaurepaire se voit proposer la réalisation du décor et des costumes pour ce brillant chorégraphe.

Au cours des répétitions au Covent-Garden, il y rencontre Arletty venue de Paris, en compagnie de Roland Petit. Coup de foudre amical entre la « Garance » des Enfants du Paradis et le peintre.

Expose en janvier, Galerie Paul Morihien, 11 bis rue de Beaujolais, au Palais Royal, une série de dessins d’architectures spectaculaires réalisés en gris, noir et blanc à l’encre de Chine.

Gallimard publie à la NRF, « Récits, Romans, Soties » d’André Gide. Pour les illustrations, l’éditeur fera appel à Derain, Jean Hugo, Van Dongen, Prassinos, Touchagues, Dufy, Bérard, et Clavé. Beaurepaire proposera trois dessins aux crayons aquarellés pour « Le Voyage d’Urien ».

Sur un livret de Boris Kochno, une chorégraphie de Gsovsky et une musique de Mme Claude Arrieu, il réalise décors et costumes de « Fête Galante », pour le Théâtre des Champs-Élysées puis le Princes Theatre de Londres. Ballet dansé par Irène Skorik et Youri Algarov.

Exposition de maquettes de costumes et de décors des Ballets du Théâtre des Champs-Elysées, avec Beaurepaire, Bérard, Christian Dior, Brassaï, Tom Keogh, Marie Laurencin, Picasso, Jean Hugo, Léon Bakst, Marcel Yertes, Mayo…

1949

Le douze février, alors qu’il travaille à un nouveau projet de ballet pour Roland Petit, Beaurepaire apprend, consterné, la mort subite de Christian Bérard, au cours des répétitions des « Fourberies de Scapin » par la Compagnie Renaud-Barrault, au Théâtre Marigny. Quatre ans, presque jour pour jour, après leur première rencontre, rue Casimir Delavigne.

Pour « Le Bal des Dieux l’Olympe », chez Gilbert Orcel, il créera les costumes de Castor et Polux que réalisera le tout jeune Pierre Cardin, alors apprenti chez le célèbre costumier Marcel Escoffier. Arletty et Beaurepaire feront sensation en « Castor et Pollux ».

Il passera son premier été à Collioure en compagnie d’Arletty.

Un soir de relâche, Arletty interprétant à Paris, le rôle de Blanche du Bois dans « Un Tramway nommé Désire », de Tennessee Williams, est invitée à Londres, par Laurence Olivier et Vivian Leigh, à venir la voir jouer le même rôle. Beaurepaire sera du voyage pour une telle rencontre !

Jean Genet qui vient d’achever l’écriture de « Haute Surveillance » lui confie décor et costumes. Sa pièce sera créée au Théâtre des Mathurins, dans une mise en scène de Jean Marchat avec Robert Hossein dans l’un de ses premiers rôles.

À la demande de Cocteau, metteur en scène du projet, il fera les décors de « Léocadia » de Jean Anouilh, pour une Tournée au Théâtre Royal de l’Opéra du Caire, avec Jean Marais et Yvonne de Bray.

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